80. Caprivi, les territoires oubliés


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Buffle africain..
La "golden highway" est une longue route goudronnée monotone. Elle traverse le bush, un monde pratiquement plat, seulement animé de quelques rangées éparses de petites dunes permanentes que dissimule une végétation arbustive. La bande de Caprivi constitue l'extrême nord namibien du désert de Kalahari. Bien qu'elle soit dans sa plus grande partie, classée "game park"depuis 1963, elle n'a jamais pu remplir sa mission de façon satisfaisante.
Elle fut longtemps le cadre d'affrontements entre l'armée et les indépendantistes et un permis d'accès fut nécessaire pour l'emprunter jusque dans les années 80.
On ne peut, de toutes façons, la quitter pour s'aventurer dans le parc. La guerre civile qui sévit en Angola poussa de nombreuses victimes à trouver refuge sur cette bande de terre. Aujourd'hui, différentes solutions sont à l'étude afin de pouvoir accorder à ce parc toute la protection qu'il mérite. Mais la bande de Caprivi semble fort éloignée des préoccupations des ministères de Windhoek, malgré les troubles sociaux qui la secouent de temps en temps. Sur une carte, l'étrange Caprivi apparaît comme une incongruité, une extension qui n'aboutit pas, un doigt pointé vers quelques desseins obscurs. C'est lors d'un drôle de jeu de cartes, quand ils étaient les maîtres du monde, que les Occidentaux tracèrent cette étrange excroissance. En 1890, l'Allemagne réclame un accès au Zambèze pour sa colonie, passage obligé vers l'océan Indien. La région convoitée fait alors partie du Beschuanaland -l'actuel Botswana- protectorat britannique. Lors du traité de "Heligoland - Zanzibar", le chancelier allemand Leo Comte de Caprivi abandonne une partie de ses positions en Afrique orientale, reçoit en échange l'île de Heligoland (actuelle Helgoland, petite île rocheuse de la mer du Nord) et confirme sa souveraineté sur un corridor qui lui permet d'accéder au Zambèze. Le gouvernement allemand mettra pourtant 20 ans pour y envoyer ses premiers représentants. Le4 août 1914, l'Angleterre déclare la guerre à l'Allemagne. L'histoire veut que lorsqu'il apprit la nouvelle, le gouverneur allemand qui était en train de boire le thé avec l'administrateur anglais du Beschuanaland,se serait alors constitué prisonnier. Le Caprivi devint le premier territoire occupé par les alliés. Long de quelque 500 kilomètres pour une largeur variant entre 32 et 100 kilomètres à peine, la bande de Caprivi est bordée par quatre pays : le Botswana au sud, l'Angola et la Zambie au nord, et le Zimbabwe à l'est. Administrativement, la région est découpée en trois parties: la zone de Katima Mulilo à l'est, le parc de Caprivi au centre et le district de Mukwe à l'ouest, délimité par le fleuve Kavango qui, au Botswana, prend le nom d'Okavango. Son cours impassible est coupé par les chutes de Popa. Le Caprivi est d'une platitude exemplaire, ses variations d'altitude n'excédant pas 40mètres. Il est cerné par les fleuves Okavango, Kwando, Chobe et Zambèze. Leurs eaux envahissent les plaines où elles ne s'écoulent pas. Retenues par l'argile du sol, elles forment parfois de vastes marécages. Dans un pays caractérisé par un climat chaud et sec, le Caprivi apparaît comme une zone tropicale. Alors qu'une grande partie est boisée, 30 % des terres soit au total 11 600km², sont des plaines inondables. Un paradis pour la faune dont la diversité est la plus importante du pays. Mais de nombreuses espèces ont souffert de la chasse et du braconnage ces vingt dernières années, et les gnous et les élands sont localement éteints. Dans les années 70, la population de cobs de Lewche était estimée à 25 000 individus. Victimes de la chasse et de la compétition avec le bétail, 10 % seulement ont survécu. 5 000 éléphants se promènent entre l'Angola, la Zambie, le Botswana et le Caprivi, 600 hippopotames pataugent dans la Kwando, quelque 2 500 buffles ruminent sur ces terres et les crocodiles, même s'ils ont souffert du braconnage, tiennent encore les baigneurs en respect.


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